MémentoAuteur : D. Dambreville · didierdambreville.github.io · licence CC BY 4.0

Cybersécurité

Principes · menaces · accès · appareils et réseaux · cryptographie · réaction à incident
✓ à faire · ✗ à éviter · ! piège fréquent
●●●○ robustesse relative (classement indicatif)
italique : terme anglais d’usage courant
→ étape suivante · gras : notion-clé

Ce que l’on protège

CritèreL’information est…
Disponibilitéaccessible quand il le faut
atteinte : site saturé, fichiers chiffrés par rançongiciel
Intégritéexacte, non altérée
atteinte : RIB modifié dans une facture
Confidentialitéréservée aux ayants droit
atteinte : fichier clients divulgué
Traçabilitéon sait qui a fait quoi, et quand
moyen : journaux d’accès

En anglais : triade CIA (confidentiality, integrity, availability). On y ajoute l’authenticité (l’origine est bien celle annoncée) et la non-répudiation (impossible de nier une action).

Le vocabulaire du risque

Actifce qui a de la valeur : données, service, matériel, réputation
Menacecause possible d’un incident (un acteur, un événement)
Vulnérabilitéfaiblesse exploitable : défaut logiciel, mauvaise configuration, erreur humaine
Exploitcode ou technique qui tire parti d’une vulnérabilité
Impactconséquence si la menace se réalise
Risque≈ vraisemblance × impact d’une menace exploitant une vulnérabilité
Mesurece qui réduit la vraisemblance ou l’impact
Risque résiduelce qui reste après les mesures, accepté en connaissance de cause

Traiter un risque : quatre options

Réduire (mesures) · transférer (assurance, prestataire) · éviter (renoncer à l’activité) · accepter (décision explicite et tracée).

Qui attaque, et pourquoi ?

Cybercriminelsargent : rançon, fraude, revente de données et d’accès
États, groupes affiliés (APT)espionnage, sabotage, déstabilisation
Hacktivistescause idéologique, visibilité (saturation, défiguration)
Initiésvengeance, appât du gain — ou simple négligence
Opportunistesdéfi, curiosité, outils prêts à l’emploi

Contre les particuliers et les petites structures, les attaques sont surtout opportunistes et automatisées : personne n’est « trop petit pour être visé ».

Principes de conception

Moindre privilègechaque compte n’a que les droits nécessaires, le temps nécessaire
Défense en profondeurplusieurs couches indépendantes : la chute de l’une n’ouvre pas tout
Séparation des privilègescompte d’administration distinct du compte quotidien ; double validation des opérations sensibles
Surface d’attaque minimaledésactiver ce qui ne sert pas : services, ports, comptes, extensions
Sécurité par défautle réglage le plus sûr d’emblée ; toute ouverture est une décision
Besoin d’en connaîtrel’accès à une information se justifie par la mission
Zéro confiance (zero trust)aucun réseau n’est « sûr » par nature : chaque accès est vérifié
Principe de Kerckhoffsla sécurité repose sur le secret de la clé, pas sur celui du procédé : pas de « sécurité par l’obscurité »
Maillon faibleun système vaut ce que vaut son point le plus faible — souvent l’humain ou la récupération de compte

Idées reçues

« Je n’ai rien d’intéressant. »Vos comptes, votre identité, votre machine et vos contacts ont une valeur marchande.
« J’ai un antivirus, je suis protégé. »Il n’empêche ni l’hameçonnage ni l’exploitation d’un mot de passe réutilisé.
« Le cadenas prouve que le site est sûr. »Il prouve le chiffrement et le nom de domaine, pas l’honnêteté du site.
« Un mot de passe complexe suffit. »Réutilisé, il tombe à la première fuite, où qu’elle ait lieu.
« Mon nuage synchronisé me sauvegarde. »Il propage aussi les suppressions et le chiffrement.
« Payer la rançon rend les données. »Aucune garantie, et l’on finance la prochaine attaque.
« Les pirates sont des génies. »La plupart des attaques sont automatisées ou reposent sur la manipulation.

Douze réflexes d’hygiène numérique

  1. Mettre à jour système, applications, box, téléphone — automatiquement.
  2. Un mot de passe long et unique par service, conservé dans un gestionnaire.
  3. Activer la double authentification, d’abord sur la messagerie et la banque.
  4. Sauvegarder, dont une copie hors ligne ; tester la restauration.
  5. Se méfier de l’urgence : un message pressant est un signal d’alerte.
  6. Vérifier par un autre canal (numéro officiel, adresse tapée soi-même) toute demande sensible.
  7. N’installer que depuis les sources officielles.
  8. Travailler au quotidien avec un compte sans droits d’administration.
  9. Chiffrer et verrouiller ordinateur et téléphone.
  10. Séparer usages personnels et professionnels.
  11. Limiter ce que l’on publie : chaque détail nourrit l’ingénierie sociale.
  12. Signaler tôt et demander de l’aide : un incident caché s’aggrave.

Avant de cliquer, payer ou répondre

  1. Est-ce que j’attendais ce message, cet appel, cette demande ?
  2. Me presse-t-on, me fait-on peur, me promet-on un gain ?
  3. Puis-je vérifier par un autre canal, que je choisis moi-même ?

Un doute suffit : ne pas agir, vérifier d’abord. Aucun organisme sérieux ne reproche à quelqu’un d’avoir pris le temps de rappeler.

Cadre légal (France)

  • Accéder ou se maintenir frauduleusement dans un système : 3 ans et 100 000 € ; 5 ans et 150 000 € en cas de suppression ou modification de données ou d’altération du fonctionnement (C. pén., art. 323‑1).
  • Entraver un système, y introduire ou modifier des données, détenir ou diffuser sans motif légitime un outil conçu pour ces atteintes : art. 323‑2 à 323‑3‑1.
  • Ne tester que ses propres systèmes, un laboratoire isolé, une plateforme d’entraînement — ou avec une autorisation écrite du responsable (périmètre, dates).
  • RGPD : une violation de données personnelles se notifie à la CNIL sous 72 h (art. 33) ; les personnes sont informées si le risque est élevé (art. 34).

2 · Menaces et attaques

Mémento — cybersécurité

Reconnaître un hameçonnage (phishing)

Signaux d’alerte

  • ✗Urgence, menace ou gain : « compte suspendu », « colis bloqué », « remboursement », « amende impayée ».
  • ✗Domaine approchant : paypa1.com, impots-gouv.info (exemples).
  • ✗Lien trompeur : la cible réelle diffère du texte (survoler ; appui long sur mobile).
  • ✗Pièce jointe inattendue : .zip, .iso, .html, .js, document qui demande d’« activer le contenu ».
  • ✗Demande de secret : identifiant, code reçu par SMS, coordonnées bancaires, « validation » d’une opération.
  • !Un texte sans faute ne prouve rien : l’IA générative rédige des messages impeccables et personnalisés.

Lire un domaine

Le domaine réel est la partie juste avant le premier « / », lue de droite à gauche :

https://banque.fr.secure-login.net/compte

→ le site visité est secure-login.net, pas banque.fr.

Variantes

Smishing : par SMS · vishing : par téléphone (faux conseiller bancaire, faux policier) · quishing : par QR code · spear phishing : ciblé · fraude au président, au RIB : faux dirigeant ou faux fournisseur exigeant un virement urgent.

Règle d’or — ne jamais répondre par le canal reçu. Rappeler l’organisme au numéro connu, taper soi-même l’adresse. Une banque ne demande jamais de valider une opération pour l’« annuler ».

Leviers de l’ingénierie sociale

Autorité« Ici la direction, la police, le support informatique. »
Urgence« Avant 17 h, sinon le compte est bloqué. »
Peurmenace de poursuites, de piratage, de publication
Appât, raretégain, cadeau, « photo de vous », offre limitée
Réciprocitérendre service à qui vient de vous aider
Preuve sociale« Vos collègues ont déjà fait la mise à jour. »
Sympathieton amical, connaissance commune, voix d’un proche imitée

Parade : ralentir, vérifier, en parler. Une procédure écrite (double validation des virements, rappel systématique au numéro connu) protège mieux que la seule vigilance.

Signes d’une compromission

  • !Mot de passe soudain refusé ; alertes de connexion ou de modification que l’on n’a pas demandées.
  • !Messages partis à votre insu ; courriels disparus ; règle de transfert inconnue.
  • !Opérations ou achats inconnus ; codes de validation reçus sans rien avoir demandé.
  • !Nouveaux programmes, extensions ou page d’accueil ; protection désactivée.
  • !Lenteurs, fenêtres intempestives, activité réseau inexpliquée : indices faibles, pas des preuves.

Dans le doute : les premiers gestes de la page 6.

Logiciels malveillants (malware)

Viruss’attache à un fichier ou programme ; se propage quand on l’exécute
Ver (worm)se propage seul par le réseau en exploitant une faille
Cheval de Troie (trojan)se fait passer pour un programme légitime
Rançongiciel (ransomware)chiffre les données et exige une rançon ; souvent vol préalable et menace de publication (double extorsion)
Voleur d’informations (infostealer)aspire mots de passe enregistrés, cookies de session, portefeuilles
Logiciel espion, enregistreur de frappe (spyware, keylogger)observe et transmet
Accès à distance (RAT), porte dérobéeprise de contrôle durable
Rootkitse dissimule au cœur du système
Réseau de zombies (botnet)machines infectées pilotées ensemble : saturation, spam
Cryptomineurdétourne la puissance de calcul
Effaceur (wiper)détruit les données : sabotage

Anatomie d’une intrusion — chaîne d’attaque (Cyber Kill Chain), Lockheed Martin, 2011

1Reconnaissance
sources ouvertes, balayage des services exposés
2Armement
document piégé, lien, charge malveillante
3Livraison
courriel, site, clé USB, fournisseur
4Exploitation
une faille ou un clic exécute le code
5Installation
persistance sur la machine
6Commande et contrôle (C2)
pilotage à distance
7Actions sur l’objectif
vol, chiffrement, sabotage

Chaque maillon rompu arrête l’attaque : c’est la logique de la défense en profondeur. Version détaillée : MITRE ATT&CK, catalogue des techniques observées.

Attaques courantes et parades

AttaquePrincipeParade
Force bruteessayer toutes les combinaisonslongueur, limitation des essais, MFA
Bourrage d’identifiants (credential stuffing)rejouer des couples identifiant / mot de passe issus de fuitesun mot de passe unique par service, MFA
Pulvérisation (password spraying)quelques mots de passe courants essayés sur beaucoup de comptesliste de mots de passe interdits, MFA
Homme du milieu (MitM)s’interposer dans une communicationHTTPS / TLS, alerte de certificat prise au sérieux
Déni de service (DDoS)saturer un service de requêtesfiltrage, surdimensionnement, prestataire anti-DDoS
Injection (SQL, commande)des données sont interprétées comme du coderequêtes paramétrées, validation des entrées
Script intersite (XSS)script injecté dans une page consultée par d’autreséchappement des sorties, politique CSP
Détournement de SIM (SIM swapping)obtenir un duplicata de la carte SIM de la victimepas de SMS comme seul second facteur des comptes vitaux
Fatigue MFA (MFA bombing)inonder de demandes d’approbation jusqu’au « oui »correspondance de nombre, clé FIDO2 ; ne jamais approuver sans action de sa part
Vol de sessionréutiliser un cookie de connexion volé (contourne la MFA)se déconnecter, sessions courtes, antivirus contre les voleurs d’informations
Chaîne d’approvisionnementcompromettre un fournisseur, une mise à jour, une dépendanceinventaire, signatures, provenance vérifiée
Hypertrucage (deepfake)voix ou vidéo d’un proche, d’un dirigeant imitéequestion de contrôle, mot convenu, rappel
Faux support techniquefenêtre bloquante et numéro à appelerfermer le navigateur ; jamais d’accès à distance à un inconnu

3 · Identité, mots de passe, authentification

Mémento — cybersécurité

Quatre notions à distinguer

Identificationdire qui l’on est — identifiant
Authentificationle prouver — mot de passe, clé, biométrie
Autorisationce que l’on a le droit de faire — rôles, droits
Traçabilitégarder trace de ce qui a été fait — journaux

Les facteurs d’authentification

Ce que je saismot de passe, phrase de passe, code PIN
Ce que je possèdetéléphone, clé de sécurité, carte à puce
Ce que je suisempreinte, visage — ne se change pas en cas de fuite ; sert surtout à déverrouiller un secret local

Authentification multifacteur (MFA) : au moins deux facteurs de catégories différentes. Deux mots de passe ne font pas une MFA.

Second facteur : du plus faible au plus fort

MéthodeForceLimite
Code par SMS ou appel●○○○interception, détournement de SIM ; recopiable sur un faux site
Code par courriel●○○○ne vaut que ce que vaut la messagerie
Application de codes (TOTP)●●○○code de 6 chiffres renouvelé toutes les 30 s ; recopiable sur un faux site
Notification à approuver●●○○fatigue MFA ; ●●●○ avec correspondance de nombre
Clé FIDO2, clé d’accès (passkey)●●●●résiste à l’hameçonnage : liée au vrai nom de domaine

Tout second facteur vaut mieux qu’aucun. Conserver les codes de secours imprimés, à l’abri.

Clés d’accès (passkeys)

  • Remplacent le mot de passe par une paire de clés : la clé publique chez le service, la clé privée dans l’appareil ou le gestionnaire, débloquée par code ou biométrie.
  • Aucun secret n’est transmis au site ; une fuite chez le service ne livre rien d’utilisable.
  • Liées au nom de domaine : un faux site ne peut pas les solliciter → résistantes à l’hameçonnage.
  • Standard FIDO2 / WebAuthn. Enregistrer deux appareils ou activer la synchronisation pour ne pas perdre l’accès.

Mots de passe : les règles actuelles

  • ✓Longueur avant complexité : la longueur fait l’essentiel de la robustesse.
  • ✓Un mot de passe par service : une fuite n’ouvre qu’une porte.
  • ✓Tiré au hasard par un générateur, conservé dans un gestionnaire.
  • ✓Le changer en cas de compromission ou de doute, pas par rituel.
  • ✓Vérifier ses adresses dans les fuites connues (haveibeenpwned.com).
  • ✗Réutiliser, ou décliner : « Soleil2025! » → « Soleil2026! ».
  • ✗Dates, prénoms, animal, club, ville : tout ce qui se trouve en ligne.
  • ✗Répondre vrai aux questions secrètes : y mettre une réponse aléatoire, notée dans le gestionnaire.
  • ✗Transmettre un mot de passe par courriel, SMS ou messagerie.

Repères officiels (vérifiés le 28/09/2026)

CNIL
délib. 2022‑100
Mot de passe seul : 80 bits d’entropie, soit par ex. 12 caractères (majuscules, minuscules, chiffres, spéciaux), 14 sans spécial obligatoire, ou une phrase de passe de 7 mots. Avec limitation des essais : 50 bits. Avec un matériel détenu et blocage après 3 essais (carte, téléphone) : 13 bits, soit un code PIN.
NIST
SP 800-63B-4, 2025
15 caractères minimum si le mot de passe est seul, 8 s’il s’inscrit dans une MFA ; aucune règle de composition imposée ; pas de renouvellement périodique ; filtrage des mots de passe compromis ou courants ; au moins 64 caractères acceptés.

Le gestionnaire de mots de passe

  • Coffre chiffré, ouvert par un mot de passe maître (longue phrase de passe jamais réutilisée) et, si possible, une MFA.
  • Génère et retient des mots de passe uniques ; ne remplit que sur le vrai domaine : protection contre l’hameçonnage.
  • Local (fichier chiffré à sauvegarder) ou synchronisé (service en ligne, chiffrement côté client). Exemples libres : KeePassXC (local), Bitwarden (synchronisé).
  • Prévoir l’accès de secours : kit d’urgence imprimé, rangé en lieu sûr ; penser à la transmission.

Ne pas se fermer la porte

  • Imprimer les codes de secours des comptes importants ; les ranger avec le kit d’urgence.
  • Tenir à jour adresse et numéro de récupération ; éviter qu’ils dépendent d’un seul appareil.
  • Enregistrer deux facteurs forts (deux clés, ou clé + application) pour ne pas se verrouiller dehors.

Mesurer la force : l’entropie

Entropie en bits = log2 du nombre de possibilités ; chaque bit double le travail de l’attaquant. Le calcul ne vaut que pour un tirage au hasard : « Toulouse1990! » est bien plus faible que ses 13 caractères ne le laissent croire.

Construction aléatoireBits
8 caractères du clavier (95 signes)≈ 53
12 caractères du clavier≈ 79
16 caractères du clavier≈ 105
20 lettres minuscules (26 signes)≈ 94
5 mots tirés d’une liste de 7 776 (dés)≈ 65
7 mots tirés d’une liste de 7 776≈ 90

Phrase de passe

Tirer 5 à 7 mots au hasard (dés, générateur), jamais une citation ni un vers connu : girafe-tonnerre-lentille-abricot-parvis-muscade-reflet (exemple publié : ne pas l’utiliser).

Comment un mot de passe tombe

Fuite puis réutilisationla cause la plus simple : un site piraté livre le couple identifiant / mot de passe, rejoué partout
Hameçonnagel’utilisateur le saisit lui-même sur un faux site
Logiciel espionvoleur d’informations, enregistreur de frappe
Attaque en ligneessais sur la page de connexion : freinée par la limitation des essais
Attaque hors lignesur une base d’empreintes volée : des milliards d’essais par seconde sur carte graphique si le hachage est rapide, bien moins avec Argon2id ou bcrypt (ordre de grandeur)
Dictionnaire et règlesmots courants, prénoms, dates, substitutions (a → @, e → 3), chiffre ou « ! » final : testés en premier

Un mot de passe aléatoire, long et unique déjoue la réutilisation et toutes les attaques par essais. Contre l’hameçonnage et l’espionnage, il faut en plus un gestionnaire qui ne remplit que sur le vrai domaine, une MFA résistante à l’hameçonnage et un poste sain.

La messagerie, clé de voûte

  • Elle sert à réinitialiser tous les autres comptes : la protéger en premier (mot de passe unique, MFA forte).
  • Contrôler régulièrement : adresse et numéro de récupération, règles de transfert automatique, applications autorisées, sessions et appareils connectés.
  • Compte d’administration distinct, réservé à l’administration : jamais pour naviguer ni lire le courrier.
  • Poste partagé : navigation privée, déconnexion, aucun mot de passe enregistré.

4 · Appareils, réseaux, données

Mémento — cybersécurité

Mises à jour

  • Un correctif ferme une vulnérabilité rendue publique : les attaquants l’étudient dès sa sortie ; le délai compte.
  • Mises à jour automatiques : système, navigateur, applications, micrologiciel (firmware) de la box et des objets connectés.
  • Système ou logiciel en fin de support = plus aucun correctif : le remplacer ou l’isoler.
  • Désinstaller ce qui ne sert plus : moins de logiciels, moins de failles.
  • Télécharger chez l’éditeur ou dans le magasin officiel ; se méfier des annonces sponsorisées en tête des moteurs de recherche.

Sauvegarde : la règle 3‑2‑1

3copies des données
2supports différents
1copie hors site

Variante 3‑2‑1‑1‑0 : + 1 copie hors ligne ou non modifiable, + 0 erreur lors d’une restauration testée.

  • !Synchronisation ≠ sauvegarde : un nuage synchronisé propage aussi les suppressions et le chiffrement par rançongiciel. Il faut des versions et une copie déconnectée.
  • ✓Types : complète · incrémentale (ce qui a changé depuis la dernière sauvegarde) · différentielle (depuis la dernière complète).
  • ✓Une sauvegarde jamais restaurée n’est qu’une hypothèse : tester.
  • ✓Débrancher le disque de sauvegarde après usage ; chiffrer les copies hors site.

Deux questions de continuité

RPO (recovery point objective)quelle perte de données est tolérable ? → fréquence des sauvegardes
RTO (recovery time objective)en combien de temps redémarrer ? → méthode de restauration

En déplacement

  • Sur un Wi‑Fi public, HTTPS protège le contenu échangé ; le danger vient surtout des faux points d’accès et des pages de connexion piégées.
  • Opérations sensibles : préférer le partage de connexion de son téléphone.
  • Désactiver le partage de fichiers et la connexion automatique aux réseaux ouverts.
  • Bornes USB publiques : recharger sur secteur avec son propre adaptateur, ou câble « charge seule ».

Ordinateur

  • ✓Compte quotidien sans droits d’administration.
  • ✓Protection intégrée active : antivirus, pare-feu, filtrage des téléchargements.
  • ✓Disque chiffré (BitLocker, FileVault, LUKS) ; clé de récupération conservée hors de l’appareil.
  • ✓Verrouillage automatique ; verrouiller en s’éloignant (⊞ Win + L).
  • ✓Macros bloquées par défaut ; extensions du navigateur réduites au nécessaire.
  • ✗Brancher une clé USB trouvée ou offerte.
  • ✗Logiciels piratés, « cracks », générateurs de clés : vecteur fréquent de voleurs d’informations.

Téléphone

  • ✓Code de verrouillage de 6 chiffres ou plus, biométrie ; code PIN de la carte SIM.
  • ✓Mises à jour ; applications du magasin officiel ; permissions revues (micro, localisation, contacts, SMS).
  • ✓Localisation et effacement à distance activés ; sauvegarde activée.
  • ✓Noter le numéro IMEI (composer *#06#) et le garder à part : il permet de bloquer l’appareil volé.
  • ✗Installer une application reçue par lien ou SMS.
  • ✗Accorder le service d’accessibilité ou l’administration de l’appareil à une application inconnue.

Navigateur

  • ✓Navigateur et extensions à jour ; extensions peu nombreuses, d’éditeurs identifiés.
  • ✓Prendre au sérieux les alertes : certificat invalide, site signalé dangereux, téléchargement bloqué.
  • ✓Sites sensibles (banque, impôts) : adresse tapée soi-même ou favori.
  • !Le gestionnaire de mots de passe ne propose rien sur une page de connexion ? Vérifier l’adresse : c’est peut-être un faux site.
  • ✓Un bloqueur de publicités réduit l’exposition aux publicités piégées (malvertising).
  • ✗Autoriser les notifications d’un site inconnu : elles servent à diffuser des arnaques.
  • ✗Installer un « lecteur » ou une « mise à jour » proposés par une page web.

Réseau domestique

  • ✓Mot de passe d’administration de la box changé ; micrologiciel à jour.
  • ✓Wi‑Fi en WPA3 (à défaut WPA2‑AES) avec une clé longue ; WPS désactivé.
  • ✓Réseau invité pour visiteurs et objets connectés.
  • ✗Exposer un service sur Internet sans nécessité : redirection de ports, UPnP, bureau à distance.

Défense en profondeur (organisation)

Personnessensibilisation, procédures, exercices
IdentitésMFA, comptes à privilèges séparés et surveillés
Postesdurcissement, EDR (détection et réponse sur le poste)
Réseaupare-feu, segmentation, zone tampon (DMZ), VPN, détection d’intrusion (IDS / IPS)
Applicationsdéveloppement sûr, pare-feu applicatif (WAF)
Donnéeschiffrement, sauvegardes, droits d’accès
Supervisionjournaux centralisés (SIEM), centre opérationnel (SOC)

Objets connectés

Changer le mot de passe par défaut · mettre à jour · les placer sur le réseau invité · couper micro et caméra inutilisés · se demander si la connexion est nécessaire.

Données et vie privée

  • Chiffrer au repos (disque, archive) et en transit (TLS, messagerie chiffrée de bout en bout).
  • Minimiser : ce qui n’est pas collecté ne peut pas fuir.
  • Métadonnées : position GPS des photos (EXIF), auteur et révisions des documents.
  • Liens de partage : durée limitée, mot de passe ; jamais « toute personne disposant du lien » pour du sensible.
  • Céder un appareil : chiffrement puis réinitialisation d’usine ; disque dur ancien : effacement sécurisé ou destruction.
  • Réseaux sociaux : ce qui est publié (naissance, école, voyages) nourrit la recherche en sources ouvertes (OSINT) des attaquants.

Ce qu’ils protègent — et ce qu’ils ne protègent pas

OutilProtègeNe protège pas
Cadenas HTTPSle trajet jusqu’au site ; l’identité du nom de domainel’honnêteté du site : un faux site a aussi son cadenas
VPNle trajet jusqu’au fournisseur ; masque l’adresse IP aux sitesni anonymat, ni hameçonnage, ni logiciel malveillant ; la confiance est déplacée vers le fournisseur
Navigation privéen’enregistre pas l’historique sur l’appareilne rend pas anonyme vis-à-vis des sites, du réseau, de l’employeur

5 · Cryptographie, vulnérabilités, référentiels

Mémento — cybersécurité

Les briques de la cryptographie

BriqueSert àPrincipeExemples actuelsÀ proscrire
Chiffrement symétriqueconfidentialitéune même clé chiffre et déchiffre ; rapideAES‑128 / 256 (mode GCM), ChaCha20‑Poly1305DES, 3DES, RC4, mode ECB
Asymétrique, échange de clésétablir une clé commune ; chiffrer pour un destinataireclé publique diffusée, clé privée gardéeRSA ≥ 3072 bits, ECDH (X25519, P‑256)RSA de 1024 bits ou moins
Hachageempreinte, intégritésens unique, taille fixe ; avec une clé secrète : code d’authentification (MAC)SHA‑256, SHA‑384, SHA‑3 ; HMAC‑SHA‑256MD5, SHA‑1
Hachage de mots de passestocker un mot de passevolontairement lent, avec un sel aléatoire par compteArgon2id, scrypt, bcrypt, PBKDF2stockage en clair, hachage rapide sans sel
Signature numériqueauthenticité, intégrité, non-répudiationsigner avec la clé privée, vérifier avec la clé publiqueEd25519, ECDSA P‑256, RSA‑PSSsignatures MD5 ou SHA‑1
Post-quantiquerésister à un futur ordinateur quantiquenouveaux problèmes mathématiques (réseaux euclidiens, hachage)ML‑KEM, ML‑DSA, SLH‑DSA (normes NIST FIPS 203‑205, 2024), en hybridation avec un algorithme classique—

Un grand ordinateur quantique casserait RSA et les courbes elliptiques : menace « collecter maintenant, déchiffrer plus tard ». L’ANSSI (guide des mécanismes cryptographiques v3.00, mars 2026) exige une sécurité post-quantique pour les mécanismes employés après le 1er janvier 2030. Tailles et algorithmes : état de l’art courant, à confronter au guide avant tout choix réel.

Ne pas confondre

Encoderchanger de format (Base64, URL) ; réversible par tous : aucune protection
Chiffrerréversible seulement avec la clé
Hacherirréversible ; on compare des empreintes
Signerprouver l’origine et l’intégrité
De bout en boutseuls les correspondants détiennent les clés ; le fournisseur ne peut pas lire
En transitchiffré sur le trajet, mais lisible par le serveur

Comment fonctionne HTTPS (TLS)

  1. Le navigateur propose des algorithmes ; le serveur présente son certificat : sa clé publique, signée par une autorité de certification (AC).
  2. Le navigateur vérifie la chaîne de confiance jusqu’à une AC racine connue, le nom de domaine et la validité.
  3. Échange de clés éphémère (ECDHE) → clé de session symétrique.
  4. Les échanges sont chiffrés et authentifiés.

Confidentialité persistante (forward secrecy) : voler plus tard la clé du serveur ne déchiffre pas les échanges passés. Versions : TLS 1.3 à privilégier, 1.2 acceptable bien configuré ; SSL, TLS 1.0 et 1.1 obsolètes.

Hygiène cryptographique

  • Ne jamais inventer son algorithme ni son protocole : bibliothèques éprouvées et maintenues.
  • Clés produites par un générateur aléatoire cryptographique ; jamais écrites dans le code ni dans un dépôt Git.
  • Clés rangées dans un coffre (gestionnaire de secrets, module matériel, carte à puce) ; renouvelées ; révoquées en cas de fuite.
  • Agilité : pouvoir changer d’algorithme sans tout refaire — la transition post-quantique l’exige.

Vie d’une vulnérabilité

découverte→signalement à l’éditeur→identifiant CVE→correctif→avis de sécurité→déploiement
  • Faille « jour zéro » (0-day) : exploitée avant tout correctif.
  • Faille connue non corrigée (n-day) : le correctif existe mais n’est pas appliqué — cas très fréquent.
  • Divulgation coordonnée : laisser à l’éditeur le temps de corriger ; programmes de primes (bug bounty).

Identifiants et scores

CVEidentifiant unique d’une vulnérabilité : CVE‑2021‑44228 (Log4Shell)
CWEtype de faiblesse : CWE‑79 = XSS, CWE‑89 = injection SQL
CVSSgravité technique de 0 à 10 (version 4.0, FIRST, 2023)
EPSSprobabilité d’exploitation dans les 30 jours (FIRST)
KEVcatalogue des failles effectivement exploitées (CISA, États-Unis)
CERT-FRavis et alertes de sécurité en français

Échelle CVSS

AucuneFaibleMoyenneÉlevéeCritique
0,00,1 – 3,94,0 – 6,97,0 – 8,99,0 – 10

Prioriser en croisant : exploitation avérée (KEV), probabilité (EPSS), gravité (CVSS) et exposition de l’actif concerné.

OWASP Top 10 : 2025 (applications web)

A01Contrôle d’accès défaillant (inclut la falsification de requêtes côté serveur, SSRF)
A02Mauvaise configuration de sécurité
A03Défaillances de la chaîne d’approvisionnement logicielle
A04Défaillances cryptographiques
A05Injection
A06Conception non sécurisée
A07Défaillances d’authentification
A08Défauts d’intégrité des logiciels ou des données
A09Défaillances de journalisation et d’alerte
A10Mauvaise gestion des conditions exceptionnelles

Traduction libre ; liste consultée le 28/09/2026 sur owasp.org. Révisée environ tous les quatre ans (2017, 2021, 2025).

Référentiels et méthodes

NIST CSF 2.0 (2024)six fonctions : gouverner, identifier, protéger, détecter, répondre, rétablir
ISO/IEC 27001système de management de la sécurité de l’information, certifiable ; 27002 : catalogue de mesures
EBIOS Risk Managerméthode française d’analyse de risques (ANSSI)
Guide d’hygiène (ANSSI)42 mesures pour les organisations
MITRE ATT&CKtactiques et techniques d’attaque observées
RGPD · NIS 2données personnelles · directive européenne sur les entités essentielles et importantes (transposition française : à vérifier)

6 · Réagir à un incident

Mémento — cybersécurité

Premiers gestes, quelle que soit la situation

1Garder son calme ; ne pas payer, ne pas négocier
2Isoler : couper le réseau sans éteindre
3Conserver les preuves : captures, messages, dates, montants
4Changer les accès depuis un appareil sain
5Prévenir : banque, service concerné, responsable
6Signaler et porter plainte

Situations courantes

SituationTout de suiteEnsuite
J’ai saisi un mot de passe sur un faux siteLe changer sur le vrai site, et partout où il était réutilisé ; activer la MFAVérifier sessions ouvertes, règles de transfert, adresse de récupération ; signaler le message
J’ai donné mes coordonnées bancaires ou validé une opérationAppeler la banque au numéro habituel ; faire oppositionContester les opérations ; signalement Perceval ; plainte
Mon compte (messagerie, réseau social) est piratéProcédure officielle de récupération du service ; fermer toutes les sessionsMot de passe neuf, MFA, applications autorisées revues ; prévenir ses contacts (escroqueries en votre nom)
RançongicielDébrancher du réseau (câble, Wi‑Fi) sans éteindre ; ne pas payerAlerter le support ; plainte ; CNIL si données personnelles ; assureur ; nomoreransom.org ; réinstaller, restaurer des sauvegardes saines
Écran bloqué par un « support technique »Ne pas appeler ; fermer le navigateur (gestionnaire des tâches : Ctrl+Maj+Échap)Si un accès à distance a été accordé : déconnecter, désinstaller l’outil, analyser, changer les mots de passe, prévenir la banque
Téléphone perdu ou voléLocaliser, verrouiller, effacer à distance ; faire suspendre la lignePlainte ; blocage par l’IMEI ; mots de passe changés ; appareil retiré des comptes
Mon adresse figure dans une fuiteChanger le mot de passe concerné et ceux qui lui ressemblentMFA ; vigilance accrue face à l’hameçonnage ciblé
Chantage : sextorsion, menace de publicationNe pas payer, ne pas répondre ; conserver les preuvesSignaler (17Cyber, Pharos) ; plainte ; si le mot de passe cité est réel, le changer
Appel d’un « conseiller bancaire »Raccrocher ; rappeler soi-même la banque au numéro habituelNe jamais communiquer de code ni « valider pour sécuriser »

Où signaler, où trouver de l’aide (France)

17cyber.gouv.fr — guichet unique d’assistance, 24 h / 24 : diagnostic, conseils, échange avec un policier ou un gendarme, mise en relation avec un prestataire
17 ou 112 — urgence : danger immédiat
internet-signalement.gouv.fr — Pharos : contenus illicites en ligne
33700 — SMS et appels frauduleux : transférer le SMS au 33700
signal-spam.fr — courriels indésirables et d’hameçonnage
phishing-initiative.fr — faire bloquer l’adresse d’un site d’hameçonnage
Perceval — usage frauduleux de sa carte bancaire (via service-public.fr)
THESEE — plainte en ligne pour certaines escroqueries sur Internet (via service-public.fr)
0 805 805 817 — Info Escroqueries : conseil et orientation, appel gratuit
cnil.fr — notification d’une violation de données (organismes) ; plaintes
nomoreransom.org — outils de déchiffrement de certains rançongiciels

Coordonnées vérifiées le 28/09/2026 ; elles peuvent changer.

Plainte : réunir les preuves

  • Captures d’écran avec la date et l’adresse du site ou le numéro de l’expéditeur.
  • Courriel gardé tel quel, avec ses en-têtes (« afficher l’original »).
  • Relevés, références et montants des opérations ; chronologie écrite des faits.

En organisation : cycle de réponse

préparer→détecter, analyser→contenir→éradiquer→rétablir→retour d’expérience
  • Tenir une main courante horodatée : qui, quoi, quand.
  • Ne rien effacer : conserver journaux, supports, messages de rançon.
  • Communiquer par un canal non compromis.
  • Violation de données personnelles : CNIL sous 72 h.
  • Assurance (activité professionnelle) : l’indemnisation suppose une plainte sous 72 h (C. assur., art. L. 12‑10‑1).

Phases classiques des guides NIST SP 800‑61 (rév. 2) et SANS ; la révision 3 (2025) les rattache aux six fonctions du CSF 2.0.

Apprendre sans enfreindre la loi

  • Laboratoire personnel : machines virtuelles isolées (réseau « hôte uniquement »), systèmes volontairement vulnérables.
  • Plateformes d’entraînement autorisées : Root‑Me, TryHackMe, Hack The Box, OverTheWire, PortSwigger Web Security Academy ; compétitions CTF.
  • S’informer : cybermalveillance.gouv.fr (fiches réflexes), cyber.gouv.fr (guides de l’ANSSI), CERT-FR (alertes), SecNumacadémie (MOOC de l’ANSSI).
  • Dater chaque recommandation : l’état de l’art change vite.

Glossaire express

Durcissementréduire la configuration au strict nécessaire
Élévation de privilègespasser de droits limités à des droits d’administration
Mouvement latéralrebondir d’une machine compromise à d’autres
Exfiltrationsortie clandestine de données
Indicateur de compromission (IOC)trace révélatrice : adresse, empreinte, domaine
Test d’intrusion (pentest)attaque autorisée, bornée, suivie d’un rapport
Équipe rouge / bleue (red / blue team)attaquants simulés / défenseurs
Bac à sable (sandbox)environnement isolé pour ouvrir un fichier suspect
Pot de miel (honeypot)leurre qui attire et observe les attaquants
Charge utile (payload)partie du code malveillant qui produit l’effet recherché
Vecteur d’attaquevoie d’entrée : courriel, service exposé, clé USB, fournisseur
Jeton de sessionpreuve de connexion gardée par le navigateur (cookie) : le voler, c’est entrer sans mot de passe